Les mots du bord, jour 3
Départ le vendredi 24 avril 2026 à 14h00
Retrouvez ici les retranscriptions intégrales des échanges avec cinq skippers choisis par l'organisation de course pour nous raconter leurs dernières heures.
Thomas Jourdren, Trimcontrol - NST Racing (210)
"Tout va bien à bord, je prends mon rythme. Enfin, je découvre mon rythme on va dire ! Je prends en mains le bateau tranquillement, nous sommes au près depuis le milieu de l’après-midi, on a contourné le waypoint virtuel et on remonte jusqu’à la maison au près. On a entre quinze et dix-huit nœuds de vent, le bateau tape, la mer est courte, c’est pas facile de faire avancer le bateau, faut être sur les réglages !
Je suis assez content de la fin de mon portant où j’ai réussi à ramarrer le groupe des chasseurs. Le bord au portant avait pourtant été compliqué, j’ai fait un bon début de nuit, la deuxième moitié a été plus compliquée pour moi, dans une option qui s’est avérée ne pas être payante, mais sur la fin effectivement j’ai réussi à bien revenir par la droite ! Ça m’a permis de bien recoller le paquet, on est toujours ensemble là, on est quatre-cinq bateaux.
Le bateau je le découvre un peu plus chaque heure qui passe, je le connais très peu ! Avant de partir j’avais que deux entraînements sur le bateau, donc j’apprends à le découvrir ! Par la même occasion je me découvre moi-même aussi, puisque c’est une grande première pour moi le solitaire, je n’en ai jamais fait avant ! Avant le départ de la Trin’40 j’ai juste passé une nuit en mer seul, et autrement que du double ou de l’équipage. Donc je suis content d’être là, je trouve mon rythme à bord, on fait les choses calmement, j’essaie de poser mes manœuvres, bien m’alimenter, me reposer au maximum, voilà, un peu un mix de tout ça !
Déjà la nuit passée je m’étais dit on va pouvoir se reposer mais le portant s’est avéré beaucoup plus compliqué que prévu, il fallait vraiment être dessus beaucoup, heureusement que j’avais fait deux-trois siestes la veille, mais ça fait 24 heures où je n’ai pas beaucoup dormi. Là avec les copains autour, c’est pas facile de lâcher prise, mais il faut bien ! C’est encore long, il reste quasiment deux jours de course, donc voilà, je découvre tout ça, mais jusque là le solitaire me plait !
Là on est en direction du waypoint de la Gironde qu’on devrait atteindre ce soir, et arrivés là-bas on a une zone de molle qui nous attend et qu’il va falloir négocier au mieux, il va falloir affiner la trajectoire. Et après un retour du vent, mais toujours au près ! On est au taquet, à fond jusqu’au bout !"
Djemila Tassin, Magenta (153)
"Salut !
Tout d’abord merci à vous de m’avoir donné une course aux conditions que me permettent de jouer, de la molle et du près ! Ici tout va bien, je n’ai plus d’ordi de bord depuis la baie de Quiberon, du coup pas de météo ni routage donc j’y vais un peu en mode mini, cartes papier et route directe !
Conditions actuelles c’est penché ! On est au près et pour un bon moment je pense ! Ça mouille ça tape mais ce n’est pas non plus monstrueux, juste un petit près pour compenser les 24h sous spi ;) Je ne sais pas si j’ai mangé du lion mais en tout cas c’est la foire aux dauphins ils sont partout !!! J’ai même vu une énorme baleine pile au waypoint qui se baladait.
La gestion de moi-même ça va, je n’ai pas assez dormi aujourd’hui donc la nuit je vais enchaîner les siestes je pense ! Mais quel bonheur de retrouver ce petit bout d’univers qu’est le mien sur mon bateau. Suite du parcours, rester dans le rythme et ne pas se laisser aller par la fatigue, on dirait que je peux garder un truc bien si je maintiens le rythme mais à voir si je tiens sur la longueur! Objectif ne pas se cramer mais tout donner !
Petite frustration j’ai fait une pirouette au waypoint pour le passer dans le bon sens… c’était moche!
Petit bonheur : malgré la grisaille on s’enjaille !
Allez zou je vais retourner régler."
Guillaume L’Hostis, ALTERNATIVE SAILING - CONSTRUCTIONS DU BELON (196)
"Tout va bien à bord, on a passé le waypoint du cap Finisterre et on est en bâbord en train de remonter au près, dans une mer que seul le golfe de Gascogne sait nous offrir ! C’est court, ça tape, ça mouille, ça change un peu de notre début de course, mais ça rend la course complète !
J’ai pris un départ horrible, où je suis resté bloqué sans vent. Dans la baie, sortir c’était compliqué, mais dès le début de nuit j’ai trouvé les manettes du bateau et j’ai réussi à recoller devant, avant d’attaquer après de la baie d’Audierne. Et puis là, la nuit dernière, il fallait être dessus aussi : on avait des conditions hyper instables sous spi, en force et en direction. C’était vraiment l’élastique, un coup à toi, un coup à moi, donc il a fallu rester bien concentré, et puis opportuniste, il y avait des petits coups tactiques à jouer ! Là-dessus je suis plutôt satisfait, j’ai réussi à me replacer comme je voulais dans le paquet de devant, mais la suite est encore longue. On va faire du près jusqu’au deuxième waypoint Gironde, on attend une petite rotation du vent, quand on va arriver, le vent va mollir, on va se taper une phase de transition compliquée, avec pas beaucoup d’air. Et quand on va sortir de là, le vent va se rétablir dans un secteur plutôt Nord, donc on va tirer des bords ! Et puis je pense que dans la baie de la Trinité, on peut s’attendre à quelques rebondissements de dernière minute !
Ma petite frustration, c’est que je n’ai pas de cuillère, et pas d’économe. Donc pour manger, c’est un peu compliqué, et pour éplucher les carottes, encore plus ! Mais trop content d’être là, bien retrouver les marques en solitaire, ça fait vraiment plaisir, et puis j’ai eu plein de petites attentions parce que c’était mon anniversaire le jour du départ, plein de petits cadeaux, donc je suis hyper bien là !"
Pierre Leboucher, Penfret (176)
"Je suis en rade d’énergie, c’est la galère ! Les conditions c’est un peu gris, on n’a pas vu le soleil aujourd’hui, et on est au près, ça tape bien des pieux quand même, la mer est courte ! Ça fait toujours un peu ça le vent d’est, mais 15 nœuds donc c’est très praticable, c’est juste que nos bateaux ne sont pas faits pour ça, donc c’est pas très confortable. Et puis les dauphins nous suivent c’est sympa.
Avant le départ jusque dans la baie de Quiberon, je n’avais pas de logiciel de cartographie qui marchait, donc un peu la galère avec les cailloux, j’ai pas poussé. Ca m’a pris pas mal de temps, j’avais bien la tête dans le bateau pour bricoler ça, mais ça j’ai réussi ! Depuis je n’ai pas arrêté ! La plus grosse c’est que j’ai plus d’arrivée d’eau sur mon moteur, l’empaleur est mort, du coup j’ai essayé de bricoler un truc avec l’arrivée d’eau des ballasts, mais ça marche que quand on est au-dessus de 13 nœuds de vitesse, donc pas ouf. Je suis en mode bien dégradé : j’ai tous les écrans éteints, je suis sur le pilote de spare parce qu’il y a moins d’écrans… Bien dégradé ! Je fais de la nav, mais mon analyse météo, on va dire qu’elle n’est pas poussée !
Au portant j’avais aussi deux gros bouts dans la quille, donc j’ai perdu Zeiss qui était à côté. Mais je me régale quand même, c’est chouette ! Au niveau de la fatigue, je n’ai pas le temps d’être fatigué ! Je suis bien occupé entre bricoler, faire avancer le bateau, manger… en tous cas, le temps passe vite ! Je ne suis pas très reposé, mais j’ai gardé le rythme au moins. La première nuit, je n’ai pas dormi mais la journée, j’avais réussi à faire deux-trois petites siestes de 20 minutes, donc ça va, j’ai le rythme. Arrivé à terre je vais un peu m’effondrer, mais tout va bien !
Le seul avantage du près c’est que ça ne consomme pas trop d’énergie au pilote ! Nous demain on devrait avoir du soleil, ça devrait être bien pour mes panneaux solaires ça. Mais si je n’arrive pas à charger, je vais être obligé de faire des bords de travers sous gennaker. Le but c’est quand même de finir la course, j’aurais voulu faire mieux que ça sportivement, mais s’il faut je ferai ça !"
Thimoté Polet, Zeiss (208)
"Bonjour à tous, on est au près, ça tape, ce n’est pas forcément les conditions les plus agréables, d’autant que c’est instable en force et en direction, ce qui fait qu’on peut pas trop se reposer ! Ça ajoute un peu de difficultés, mais tout va bien à bord, je suis en manque de sommeil donc il va falloir que je réussisse à dormir à un moment. La descente au portant s’est très bien passée pour moi, le travail depuis la mise à l’eau du bateau a payé, avec un peu de placement et des conditions qui permettaient de revenir par derrière, donc très content de tout ça ! Maintenant je suis collé au paquet de devant, pour essayer de les tenir au près, je sais que je suis un peu moins véloce dans ces conditions-là, à voir si j’arrive à les tenir jusqu’à la Trinité ! Il va y avoir de la molle aussi. En tous cas il y a du jeu, on ne s’ennuie pas ! J’ai hâte de rentrer à la maison et manger un vrai plat."