Espace-presse Contact

Cinq heures pour parcourir les quinze milles nautiques de la baie de Quiberon : voilà l’exploit que l’on retiendra de cette première journée de course sur la Trin’40, qui, sous un soleil de Satan, a fait cuire à petit feu les 30 marins en quête d’un plan (d’eau) pour s’évader de cette magnifique prison liquide. Finalement compatissant, le vent a daigné remontrer le bout de son nez en début de soirée, à l’approche de Belle-Île, permettant aux solitaires de retrouver un peu d’élan nocturne - et quelques précieuses minutes de sommeil - dans leur conquête du Nord-Ouest.

Tout le monde sait qu’il faut beaucoup de patience pour être patient. Dans la grande palette des qualités requises pour être un bon marin, nos 30 concurrents de la première édition de la Trin’40 auront pu, sur ce premier jour de régate, longuement éprouver leur sang-froid - qui portait cependant mal son nom vu la chaleur implacable qui régnait en baie de la Trinité ! Et c’est peu dire que ces premiers milles de course leur ont donné du bout à retordre, et de quoi faire grimper leur température cérébrale.

Dès le départ donné à 14 heures, l’ambiance était plutôt au documentaire animalier qu’au film d’action à sensations… Et même ceux qui avaient réussi à glisser un peu sur la ligne de départ s’arrêtaient plus loin sous Hoëdic, englués comme des mouches dans de la colle époxy, cherchant désespérément de quel côté du plan d’eau viendrait la délivrance.

« La Méditerranée, c’est une bonne école de la pétole »

Après cinq heures de lutte, de voiles qui battent et d’intenses manœuvres, c’est finalement l’Italien Matteo Sericano (Lucente, 180) qui a trouvé le premier la clé de la porte de la sortie, suivi de près par le Hyérois Mikaël Mergui (Centrakor – Hirsch, 183), dans un joli pied de nez aux Bretons !

« C’est vrai que la Méditerranée, c’est une bonne école de la pétole, s’amusait Matteo Sericano en début de soirée. Ça m’a aidé, je connais les réglages du bateau dans ces conditions, je savais qu’il allait bien répondre, et il a effectivement bien travaillé ! En tous cas, c’était super de passer comme ça à côté d’Hoëdic et Houat, c’est vraiment très très beau », s’enthousiasmait le marin de 28 ans, qui s’employait à « se réhydrater après une journée où il a fait très chaud ».

Dans son sillage, Mikaël Mergui, « hyper heureux de son début de course », se réjouissait aussi d’avoir trouvé la solution au casse-tête du jour. « C’est sûr, d’être méditerranéen ça apporte peut-être pour une fois un petit avantage dans ces conditions : ne pas perdre son sang-froid, l’expérience du vent aléatoire et changeant, savoir lire un petit peu ce qui va peut-être se passer… ou pas ! J’avoue que j’étais assez content d’être sur le bon mode. Avec Matteo, on s’est bataillés pendant deux ans en Méd, donc c’est cool de se retrouver là tous les deux ! »

La Trin’40, au départ de La Trinité-sur-Mer.

Les dernières seront les premières

Un exercice de patience qui aura aussi souri à deux navigatrices : la bizuth Théa Khelif (Women Of Course, 158) et l’Irlandaise Pamela Lee (#EMPOWHER, 178), respectivement quatrième et cinquième à la première marque de parcours, le joli Phare rouge et blanc des Grands Cardinaux.

Pour la navigatrice normande, qui signait son tout premier départ en solitaire en Class40, voilà des débuts qui impressionnent, et montrent qu’aux âmes bien nées, la valeur n’attend point, le nombre des années ! « Il y avait un peu d’appréhension à se placer dans le paquet sur la ligne, reconnaissait la jeune femme de 27 ans, contactée quelques heures après son « départ prudent ». « Je suis contente de cette première phase et d’avoir réussi à zigzaguer pour trouver quelques risées. J’ai essayé d’être assez patiente et de ne pas trop multiplier les manœuvres pour garder un fond de vitesse parce que les bateaux sont assez lourds à lancer ».

Pour Pamela Lee, l’opération est d’autant plus belle qu’elle avait signé – et on la laisse le dire elle-même, car nous ne nous permettrions pas – « un beau départ de merde ! » En prise avec des problèmes de moteur à peine sortie du port, l’Irlandaise s’était en effet retrouvé parmi les derniers sur la ligne de départ : « Au moins, ça m’a donné l’opportunité de voir ce qu’il se passait pour ceux de devant et qu’ils étaient tous bien arrêtés dans une molle ! J’ai vu sur Windy qu’il y avait un peu de vent sur la gauche, donc j’ai essayé ça, en essayant de rester cool et de jouer avec le bateau pour voir comment je peux garder un peu de vitesse, et pour l’instant c’est pas mal, je suis contente, c’est un de mes meilleurs classements donc c’est toujours sympa ! »

La Trin’40, au départ de La Trinité-sur-Mer.

« Trouver la routine du solo »

Mais pas question de s’emballer pour autant, car si l’épreuve du jour était certes difficile, le reste du parcours ne le sera pas moins. En début de soirée, le vent commençait d’ailleurs doucement à faire son retour sous Belle-Île, avant d'acquérir une stabilité toute relative vers minuit, l’heure du crime – et du retour de quelques cadors de la classe !

Menée par Corentin Douguet (SNSM, faites un don, 209) et Axel Tréhin (Affaire à faire, 214), lui aussi bien revenu d’un départ manqué, la flotte a ainsi pu remonter au près vers la cardinale de Sein, retrouvant des conditions un peu plus propices à croquer du mille. Il n’en fallait pas davantage au récent gagnant de la Transat Café L’Or, Guillaume Pirouelle (Sogestran – Seafrigo, 197) pour revenir jouer aux avant-postes, tout comme Guillaume L’Hostis (Alternative Sailing – Construction du Belon, 196), un des locaux de l’étape, particulièrement en forme en ce début de saison 2026 !

Pour tous, surtout, ce vent un peu moins capricieux a aussi été synonyme d’un précieux repos. « Dans pas trop longtemps, je vais commencer à faire des petites siestes, nous expliquait ainsi Mikaël Mergui en début de nuit. J’avoue que les petits carrés de vie ne sont pas remplis ! Il va falloir rester lucide et pas faire de bêtises donc je vais essayer de me reposer, et faire des petites siestes de 5 ou 10 minutes, peut-être 20 si les conditions sont stables ! »

Car au-delà des petites performances ou déconvenues individuelles, cette première journée de course a surtout marqué, pour tous, le retour de cette sensation unique d’être le seul maître à bord, et le léger vertige qui l’accompagne, surtout sous les étoiles d’une nuit d’encre. « C’est vraiment l’objectif de cette première nuit », résumait ainsi Pamela Lee, qui soulignait « ne pas avoir fait beaucoup de nuits en solo jusque-là ». « Il faut que je prenne l’habitude d’être en mer en solo, prendre des pauses, trouver la routine, et en même temps garder la vitesse du bateau ! »

Un vaste sujet qui va tous les occuper ces prochains jours, alors qu’à l’aube, la tête de flotte passait la pointe de Penmarc’h, et poursuivait son ascension. « Qui voit Sein, voit sa fin », dit l’adage, même si les trente concurrents de la Trin'40 ont bien conscience que le match, lui, vient seulement de commencer, et qu'il promet encore bien des suées !

La Trin’40, au départ de La Trinité-sur-Mer.

Fournisseurs officiels

Partenaires - Remise des prix

Partenaires Institutionnels