Opportuns au portant !
Départ le vendredi 24 avril 2026 à 14h00
Après le passage de la Cardinale de Sein, la flotte des Class40 se serait presque crue dans les alizés : une vingtaine de nœuds au portant, du soleil et de la glisse… de quoi afficher de (très) belles vitesses moyennes et faire le plein de sensations et d’apprentissages, avant d’attaquer une deuxième partie de course qui s’annonce légèrement moins idyllique !
Voilà, ne cherchez plus, c’est exactement pour ce genre de journée que nos 30 marins de la Trin’40 font de la course au large, si tant est qu’ils l'avaient oublié ! Car depuis leur passage de la marque la plus au nord du parcours*, en face de la pointe bretonne, nos solitaires ont pu envoyer leur arme préférée : le spinnaker, cette voile d’avant aux courbes généreuses, synonyme d’un bateau qui ne se fait plus heurter par la houle, mais va plutôt l’épouser pour des surfs endiablés ! Un programme ô combien réjouissant, dans un vent plus puissant que les prévisions annoncées, qui leur a permis de mettre un bon coup d’accélérateur, tout en restant très maniable.
Et le constat est sans appel : pas un marin pour ronchonner – non vraiment, on les aime, mais faut dire ce qui est, le marin est par nature assez râleur -, les voilà trop affairés à profiter ! Ce n’est pas Stéphane Bodin (Wasabii, 198) qui dira le contraire, lui qui en début de nuit, nous suggérait même : « On aurait pu continuer comme ça jusqu’en Guadeloupe, au lieu de tourner à gauche demain ! » L’amateur éclairé, ingénieur thermicien de profession, 26e au classement ce matin, affichait même un appétit bien aiguisé alors qu’il s’employait à préparer son bœuf-carotte : « Je rattrape mon retard sur le paquet de devant et j'espère bien les passer dans la nuit. »
Trente bateaux en trente milles
C’est qu’une fois encore dans cette impressionnante Class40, c’est l’homogénéité de la flotte qui impressionne, malgré des profils aussi variés ! A l’aube de ce troisième jour de course, les trente solitaires se tiennent en moins de trente milles, autant dire un mouchoir de poche qui risque bien de se froisser et de se défroisser à la faveur de la moindre opportunité ! « Qui va à la sieste perd sa place », pourrait ainsi être le mot drôle de cette drôle de journée en chassé-glissé !
Solide leader depuis le passage de Sein, Guillaume Pirouelle (Sogestran - Seafrigo , 197) a pourtant imposé une belle cadence à la concurrence toute la journée. Si le récent détenteur du trophée Jules Verne se réjouissait de son statut, il avait bien conscience que ses précieux petits milles d’avance n’étaient pas encore assez nombreux pour se sentir serein ! « La journée s’est bien passée : j’avais une super vitesse, j’étais content, j’ai fait pas mal d’essais, et, globalement j’ai perdu pas mal de monde à l’AIS. Quand ça se passe comme ça, c’est plutôt pas mal ! Je ne fais pas trop de bêtises, s’amusait le Havrais, qui n’avait pas refait de solitaire depuis ses années Figaro, mais en conserve visiblement de très beaux restes !
« J’aime bien l’exercice du solo, après tout est plus difficile : il ne faut pas faire d’erreurs sinon ça coûte cher très vite, résumait le skipper de Sogestran-Seafrigo. J’ai essayé de faire quelques siestes parce que la nuit dernière j’avais quasiment pas dormi ! En journée c’est toujours plus facile, je pense que cette nuit je serais fatigué, mais c’est normal ! Là, ça va se compliquer. On a lâché un peu l’arrière de la flotte mais avec la dorsale ça peut retasser ; ça ne part pas trop par devant, donc il reste plein de choses à jouer ; les conditions bougent, il faut rester concentré, tout le monde est à fond, il reste tout à faire ! »
« Toute la remontée va être assez difficile »
Car effectivement, la suite du programme s’annonce un peu plus chahutée, et pourrait bien donner à la meute chasseresse des occasions de se rebiffer. Déjà en fin de nuit, les vitesses avaient chuté avec l’arrivée d’une dorsale anticyclonique, signe d’un vent mollissant qui oblige les solitaires à rester particulièrement vigilant.
La suite, c’est le local de l’étape, l’Espagnol Pep Costa (VSF Sports, 181), qui la raconte : « Vers la Gallice, ça va être encore assez sympa au portant, ça va se renforcer assez progressivement, donc on va faire attention à ça, et toute la remontée va être assez difficile, assez longue déjà, tout au près, et puis très technique ! Ce ne sera pas simple de trouver les bons bords, les modèles commencent aussi à voir une grosse molle au passage de la marque de la Gironde, au milieu du golfe de Gascogne. Ce sera un passage à niveau pas facile à négocier, il faudra être bien focus là-dessus ! »
Quatrième au classement de 7 h, le skipper de VSF Sports conservait un peu de vitesse au petit matin, et affichait surtout un moral au beau fixe, entretenu à grands coups de petites siestes stratégiques tout au long de la journée : « Sur des gros bateaux tout est un peu moins évident qu’en double ou en équipage mais ça fait partie du jeu, je suis bien dans le rythme, j’essaie d’être bien d’accord avec moi-même, de me concentrer sur ma course, sur ce que je travaille, de faire une belle trace et bien respecter le matériel. »
Pas toujours le bon animal à bord
Profiter et anticiper, c’est aussi ce à quoi s’emploie Sasha Lanièce (Alderan, 186), à la lutte toute la nuit avec Robin Follin (Solano, 213). « Contrairement aux dernières semaines, j’arrive à manger à bord : ça, c’est une grosse victoire ! Du coup, je ne fais que ça, parce qu’une fois qu’on va passer au près, ça va être moins drôle ! », racontait-elle dans la soirée. Bien sûr, il y a tout de même parfois quelques petites frustrations au passage, comme ce malheureux constat « de ne pas avoir su rouler mon gennaker en ligne comme les mecs, avec leurs gros bras et de devoir continuer à abattre pour le rouler ! Mais c’est la vie, on continue à aller à la salle et peut-être qu’un jour j’y arriverai ! », s’amusait la navigatrice de 33 ans, qui avait tout de même un renfort nocturne de taille – mais sûrement peu utile pour rouler des voiles d’avant. « En petite joie, depuis tout à l’heure j’ai des hirondelles partout dans mon bateau, à chaque fois je pense qu’elle est partie mais en fait il y en a d’autres ; je commence sérieusement à me demander si je ne suis pas partie avec un nid », écrivait-elle quelques minutes avant de nous envoyer une photo d'un franc rapprochement avec ses invitées du bord.
S’il y en a un autre qui est parti avec un animal, ce serait plutôt « un chat noir »... Le début de course de Lomano Takasi (Réauté Chocolat, 160) a en effet été un peu bousculé, suite notamment à des problèmes de gennaker, mais aussi à une mauvaise rencontre entre Belle-île et Quiberon. « J’ai pris un engin de pêche, arrêt total, le temps de s’en défaire, je suis reparti j’étais loin de la queue du peloton ! » Depuis, le skipper sarthois cravache pour recoller au peloton, « et ne pas finir dernier surtout ! »
Qu’il se rassure, le chemin vers la maison n’est en rien une ligne droite comme le fut cette journée de glisse. A mesure que la fatigue va s’accumuler, c’est une nouvelle épreuve de lucidité qui va attendre les trente solitaires engagés, qui étaient justement venus pour engranger des connaissances sur leur bateau et sur eux-mêmes. « On a plein de conditions différentes, on teste plein de choses, résumait ainsi Sasha Lanièce. C’est une super course de début d’année ! »
*Note de la direction de course : sur la cartographie, plusieurs bateaux ne semblent pas avoir passé la marque de parcours de la cardinale de Sein, mais on vous rassure, c'est bien le cas ! C'est une zone où il y a beaucoup de courant, de profondeur, et la position exacte de la bouée est assez difficile à déterminer, or la cartographie exige des coordonnées précises... qui ne correspondent donc pas exactement à la réalité ! Mais on veille au grain (et au passage de points) !