Et tu tapes, tapes, tapes…. C’est ta façon d’aimer !
Départ le vendredi 24 avril 2026 à 14h00
Voilà, ça ne pouvait pas tous les jours être fête et le lendemain dimanche ! Après avoir dévalé la pente espagnole à vitesse grand V, nos trente solitaires de la Trin’40 n’ont pas trouvé le télésiège au waypoint Assureurs Bru Le Merdy. Il va falloir chausser les crampons pour remonter au près jusqu’à la maison !
Retour au charbon pour la flotte de la Trin’40 : ceux qui hier encore glissaient sous le soleil ont retrouvé grisaille, mer hachée, et vent à remonter ! Après avoir enroulé le waypoint espagnol – Guillaume Pirouelle (Sogestran – Seafrigo, 197) toujours en tête, dans ce qui ressemble à une belle démonstration de perfection ! – nos trente solitaires attaquent leur quatrième jour de course, synonyme certes de retour vers la maison… mais dans des conditions qui ne ressemblent guère à une promenade de santé !
« Quelques rebondissements de dernière minute »
« On est en bâbord en train de remonter au près, dans une mer que seul le golfe de Gascogne sait nous offrir ! C’est court, ça tape, ça mouille, ça change un peu de notre début de course, mais ça rend la course complète ! » résumait en début de nuit Guillaume L’Hostis (Alternative Sailing - Constructions du Belon, 196), solide 3e au classement, à 6 milles du tableau arrière de Corentin Douguet (SNSM - faites un don, 209), bon second.
Malgré une entame de course un peu compliquée, le Trinitain, qui célébrait ses 33 ans le jour du départ de la Trin’40, se fait en effet depuis un beau cadeau, avec une remontée de flotte inspirée directement de la mission Artemis II ! « La nuit dernière, il fallait être dessus : on avait des conditions hyper instables sous spi, en force et en direction, expliquait le marin, qui s’emploie à prouver que les entraînements du pôle d’Orla Bay ont porté leurs fruits. C’était vraiment l’élastique, un coup à toi, un coup à moi, donc il a fallu rester bien concentré, et puis opportuniste, il y avait des petits coups tactiques à jouer ! Là-dessus je suis plutôt satisfait ! »
Seule ombre au tableau, pour celui que se décrit « hyper heureux » et « hyper bien » - oui, quand ils sont contents, nous aussi on est contents, alors on le retranscrit : « ma petite frustration, c’est que je n’ai pas de cuillère, et pas d’économe. Donc pour manger, c’est un peu compliqué, et pour éplucher les carottes, encore plus ! »
Et c’est qu’elles sont loin d’être cuites, ces carottes ! « La suite est encore longue, nous expliquait le skipper d’Alternative Sailing - Constructions du Belon,. On va faire du près jusqu’au deuxième waypoint Gironde, on va se taper une phase de transition compliquée, avec pas beaucoup d’air. Et quand on va sortir de là, le vent va se rétablir dans un secteur plutôt Nord, donc on va tirer des bords ! Et puis je pense que dans la baie de la Trinité, on peut s’attendre à quelques rebondissements de dernière minute ! » Encore de quoi déguster au menu, donc !
« Il y a du jeu, on ne s’ennuie pas ! »
Revenu lui aussi comme un avion de chasse sur la fin du bord de portant, Thimoté Polet (Zeiss, 208) se projetait d’ailleurs bien à « manger un vrai plat à la maison ». Mais avant cela, le jeune Havrais de 25 ans le sait, il va falloir montrer ce qu’il a dans le ventre ! « Maintenant je suis collé au paquet de devant pour essayer de les tenir au près, je sais que je suis un peu moins véloce dans ces conditions-là, à voir si j’arrive à les tenir jusqu’à la Trinité ! Il va y avoir de la molle aussi. En tous cas il y a du jeu, on ne s’ennuie pas ! »
A tel point qu’il est difficile de trouver les moments pour aller dormir… « Je suis en manque de sommeil donc il va falloir que je réussisse à dormir à un moment », nous racontait le skipper de Zeiss. Car même si ces hurluberlus s’emploient tous activement à démentir l’assertion, le corps humain, jusqu’à preuve du contraire, a besoin d’un peu de repos !
« Déjà la nuit passée je m’étais dit « on va pouvoir se reposer » mais le portant s’est avéré beaucoup plus compliqué que prévu, ça fait 24 heures que je n’ai pas beaucoup dormi, expliquait Thomas Jourdren (Trimcontrol - NST Racing, 210) qui a lui aussi fait une belle opération sur le bord de portant, revenant coller le groupe de chasseurs mené par Luca Rosetti (Maccaferri Futura, 212). Là avec les copains autour, c’est pas facile de lâcher prise, mais il faut bien ! C’est encore long, il reste quasiment deux jours de course, donc voilà, je découvre tout ça, je n’avais jamais fait de solitaire avant, seulement passé une nuit seul en mer ! »
« Je n’ai pas le temps d’être fatigué »
Il y en a peut-être un toutefois qui a trouvé le secret de la journée éternelle, celle qui permet de faire des infidélités à Morphée. « Je n’ai pas le temps d’être fatigué, souriait Pierre Le Boucher (Penfret, 176), qui, avant même que le départ ne soit donné, n’a pas cessé d’ouvrir la caisse à outils. Problème de logiciel cartographie d’abord – « mais ça, j’ai réussi à trouver une solution » - c’est ensuite l’arrivée d’eau sur son moteur qui l’a lâché, et avec elle la possibilité de produire de l’énergie à bord. « J’ai essayé de bricoler un truc avec l’arrivée d’eau des ballasts, mais ça ne marche que quand on est au-dessus de 13 nœuds de vitesse, donc pas ouf, reconnaissait le serial bricoleur. Je suis en mode bien dégradé : j’ai tous les écrans éteints, je suis sur le pilote de spare parce qu’il y a moins d’écrans… Le seul avantage du près c’est que ça ne consomme pas trop d’énergie au pilote ! »
La solution à ses tracas viendra-t-elle du ciel ? « Demain on devrait avoir du soleil, ça devrait être bien pour mes panneaux solaires ça. Mais si je n’arrive pas à charger, je vais être obligé de faire des bords de travers sous gennaker. Le but c’est quand même de finir la course, j’aurais voulu faire mieux que ça sportivement, mais s’il faut je ferai ça ! » Malgré tous ces déboires, ne comptez pas sur le récent détenteur du trophée Jules Verne, un peu moins en veine que son comparse d’aventure Guillaume « le Conquérant » Pirouelle, pour se plaindre ! « Je me régale quand même, c’est chouette ! », concluait-il.
Et cet enthousiasme aux confins du sado-masochisme est loin d’être une exception, dans cette flotte qui se fait pourtant secouer façon panier à salade ! « Tout d’abord merci à vous de m’avoir donné une course aux conditions que me permettent de jouer, de la molle et du près ! nous écrivait ainsi Djemila Tassin (Magenta, 153). Seule représentante des étraves pointues, la navigatrice belge signe une performance hors-norme, reléguant dans son tableau arrière quantité de « scows » bien plus récents. Et tout ça, presque à l’aveugle ! « Je n’ai plus d’ordi de bord depuis la baie de Quiberon, du coup pas de météo ni routage donc j’y vais un peu en mode mini, cartes papier et route directe !, expliquait la skipper de Magenta entre deux rencontres avec baleine et banc de dauphins. Suite du parcours, rester dans le rythme et ne pas se laisser aller par la fatigue, on dirait que je peux garder un truc bien si je maintiens le rythme mais à voir si je tiens sur la longueur! Objectif ne pas se cramer mais tout donner ! »
Voilà la belle équation qui va tous les occuper en ce quatrième jour de course, qui n’est pas le dernier mais qui commence pourtant sérieusement à tirer. « Quel bonheur de retrouver ce petit bout d’univers qu’est le mien sur mon bateau », écrivait Djemila Tassin. Et quel bonheur, pour nous, de retrouver leurs sillages et leurs mots, bien confortablement installés derrière la carto.