Veillée d’armes pour les 30 solitaires de la Trin’40 et leurs équipes
Départ le vendredi 24 avril 2026 à 14h00
Partout, ça bricole, ça règle, ça ajuste, ça contrôle, ça mesure, ça liste, ça déroule, ça charge et ça décharge… Voilà la drôle d’effervescence qui règne depuis mardi sur le môle Caradec de la Trinité-sur-Mer où les trente Class40 qui prendront le départ vendredi 24 avril à 14 heures de la première édition de la Trin’40 se font bichonner par leurs équipes. Objectif : être prêts à affronter l’ambitieux parcours qui les mènera à frôler la bien-nommée pointe anglaise de Land’s End, avant de repiquer vers le mythique golfe de Gascogne et remettre le cap sur la Bretagne Sud.
« Ça s’allume ? – Non. – Et là ? – Non. – Et cette fois ? – Non… ah si ! » Le soulagement se lit sur les visages des deux protagonistes de ce dialogue, dont l’un est peu confortablement perché à quelques 19 mètres au-dessus de l’eau, tout en haut du mât d’un des trente Class40 alignés sur les pontons du môle Caradec, à la Trinité-sur-Mer. Car avant le départ de la Trin’40, qui sera donné vendredi en baie de Quiberon, c’est une toute autre course qui a occupé cette semaine les équipes, et notamment les précieux préparateurs, ces techniciens ultra-polyvalents qui, toute l’année, s’assurent que leurs bateaux sont en parfait état non seulement pour naviguer, mais aussi pour performer.
« Les problèmes techniques peuvent vite avoir des conséquences lourdes »
« Notre rôle, c’est d’être un peu les bonnes fées du bateau, résume Pierre Régaud, préparateur depuis 2025 du Class40 Alderan, mené par la navigatrice Sasha Lanièce. En Class40, les équipes sont petites, proportionnellement aux budgets. Souvent, on retrouve un seul préparateur, qui forme un vrai binôme avec le marin. On fait en sorte de lui mettre entre les mains un bateau techniquement opérationnel à 100 %, où rien n’a été laissé au hasard ».
Car dans la course au large, le diable se niche dans les détails, et Dieu sait qu’il y en a sur ces bateaux de plus en plus complexes, où les avaries peuvent toucher autant l’électronique que les voiles, les cordages, les systèmes mécaniques, les stratifications structurelles… bref, tout ce qui permet de mener ces montures tambour battant ! « Il faut être consciencieux et rigoureux, tout en ayant une bonne capacité à anticiper le pire, souligne Pierre-Emmanuel Dubois, qui travaille aux côtés du skipper William Mathelin-Moreaux sur le Class40 Patapain Les Invincibles. C’est d’autant plus vrai sur les courses en solitaire, car on sait que pour un marin seul tous les problèmes techniques peuvent vite avoir des conséquences lourdes ».
« S’assurer qu’on part dans les meilleures conditions possibles »
D’ailleurs, hors de question de laisser partir ces valeureux marins sans vérifier qu’ils ont tous les outils nécessaires pour assurer leur sécurité ! Pour garantir la bonne préparation des bateaux, c’est là aussi tout un monde qui s’est activé cette semaine sur les pontons trinitains.
Aidés par les précieux bénévoles de la Société nautique de la Trinité-sur-Mer (SNT), coorganisatrice de l’événement aux côtés de la Class40, les contrôleurs de la Fédération Française de Voile ont procédé toute la semaine aux fameux « contrôles sécurité ».
Derrière cet immuable rituel avant chaque départ de course, il y a une centaine de points bien précis vérifiés sur chaque bateau. Feux d’allumage, bouées de secours, pharmacie de bord, présence et contenu du « grab bag », ce kit d’urgence dont le skipper doit pouvoir se saisir rapidement en cas d’urgence, vérification des moyens de communication (VHF et téléphone satellite), mais aussi présence des balises de détection ou du radeau de survie... révisé en temps et en heure bien sûr !
« Nos bateaux sont régulièrement contrôlés, donc en général, il y a peu de mauvaises surprises, mais c’est toujours important, surtout quand c’est le début de la saison, rappelle Jules Bonnier, qui vient de reprendre le Class40 Plastic Odyssey. Tout ce travail est vraiment très précieux pour s’assurer qu’on part dans les meilleures conditions possibles ».
Départ dans 15-20 nœuds
Les conditions justement, voilà désormais ce qui intéressent les marins. Quel sort ce bon vieux Lir, dieu celtique de la mer, va-t-il réserver aux trente solitaires engagés sur la Trin’40 ? À quelque 24 heures du départ, l’heure est encore aux incertitudes. Si le départ devrait être donné dans une belle brise d’Est de 15-20 nœuds en baie de Quiberon, le vent devrait rapidement mollir et donner une entrée en matière plutôt calme aux marins. Mais la suite, en revanche, est nettement plus instable, avec des orages qui pourraient s’inviter à la fête, et rendre l’exercice d’autant plus imprévisible et exigeant. La qualité de la préparation des bateaux, cette fois encore, pourrait bien faire la différence.